Les syndicats réformistes au bord de la crise de nerfs

CFDT, CFTC et CGC accusent la CGT et FO d’empêcher toute conciliation alors qu’ils ne représentent pas la majorité des salariés.

Une certaine fébrilité a gagné les rangs des syndicats réformistes qui ont négocié la loi travail avec Manuel Valls : ils redoutent une nouvelle modification du texte, voire un retrait, qui les mettrait en complet porte-à-faux. Pas question donc pour la CFDT, la CFTC et la CGC, trois centrales représentatives, de reculer face aux contestataires de FO et, surtout, de la CGT. 

Les trois organisations maintiennent mordicus le principe de la négociation d’entreprise, inscrit dans le désormais fameux article 2 du projet de loi. « Pour la CFDT, l’article 2 ne peut plus changer, c’est l’essence même du texte. La philosophie, c’est de faire confiance au dialogue social de terrain. C’est oui ou c’est non. Si c’est oui, c’est l’article 2 », martèle Véronique Descacq, numéro deux de la centrale. Le président de la CFTC (chrétiens), Philippe Louis, défend aussi la négociation au niveau de l’entreprise : « Ce type d’accord permet d’obtenir de meilleures conditions pour les salariés. Par exemple, chez Zara, les salariées ont obtenu des aides à la garde d’enfant le dimanche qui auraient sans doute été difficiles à obtenir par un accord de branche. »

L’hypothèse d’un renoncement du gouvernement glace d’effroi les réformistes. « S’ils en arrivent là, alors on change de monde. Le pouvoir se soumet à la violence, au chantage, à la censure de la presse », prévient Véronique Descacq. « Si le gouvernement reculait, il donnerait raison aux contestataires, il n’aurait plus aucun pouvoir et toute la famille réformiste serait en danger », renchérit Carole Couvert, présidente de la CGC (cadres), qui achève son mandat de leader syndical cette semaine.

« Les contestataires sont minoritaires »

Tous s’en prennent à la CGT. « Tout le monde dit qu’il faut discuter mais la discussion a déjà eu lieu et la CGT n’est pas venue aux derniers rendez-vous », observe un réformiste, qui ajoute : « Les contestataires, on sait qu’ils sont minoritaires. » « La CGT a voulu la réforme de la représentativité sociale : elle pèse 49 % avec Force ouvrière, nous pesons 51 %. La démocratie, ce n’est pas le pouvoir de la nuisance dans la rue », clame Louis (CFTC).

Au Medef, où l’on soutenait la première version du texte, on craint que le gouvernement ne complique encore la législation. L’ex-présidente de l’organisation patronale, Laurence Parisot, a lancé un appel à renégocier au nom de la paix sociale

Laurent Berger : « Si l’extrême droite avait empêché la parution des journaux, nous serions un million dans la rue »

Le mouvement contre la loi Travail a démarré il y a 88 jours. Pourquoi ce conflit n’est-il toujours pas terminé selon vous?
Il y a deux causes principales. Le premier projet du gouvernement était inacceptable, il a été vécu comme punitif. Ce ressenti très négatif a perduré alors que le texte a largement évolué en faveur des salariés, grâce à notre action. L’autre raison, ce sont les postures. Nous assistons à un jeu de rôles où chacun prétend montrer ses muscles. Il y a d’un côté un gouvernement en difficulté et de l’autre une organisation syndicale qui a voulu refaire son unité. Voilà peut-être l’explication.

Comment en sortir?
C’est difficile à dire. Je constate que les blocages viennent de salariés et d’agents qui ne sont pas concernés par le projet de loi. Il ne faut non plus pas accepter la dérive des mouvements d’extrême-gauche, qui saccagent des locaux de la CFDT ou insultent des salariés. Il faut faire attention, poser les limites, on ne pas tout tolérer. Si un mouvement d’extrême-droite avait empêché la parution des journaux, nous aurions été un million dans la rue à défiler contre le fascisme.

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